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Politique éditoriale

Les Editions Fourre-Tout tentent, à leur échelle, de mener une réflexion sur le livre, de sa conception à sa diffusion. En chaque livre se démontre la volonté de développer un outil de communication et de présence culturelle, un porte-voix efficace destiné à amener l’architecture dans le champ culturel. La maison d’éditions Fourre-Tout est fondée le 13 février 2004 par l’Atelier d’Architecture Pierre Hebbelinck. La terminologie Fourre-Tout fait référence au principe d’assemblage de documents « posés sur la table » qui font sens à travers une mise en forme de livres-objets autour desquels s’agglomèrent des contributions diverses.

Fourre-Tout s’engage dans différentes voies qui convergent toutes vers une évaluation et une participation créative à la dimension culturelle de l’architecture. La première direction porte sur la collection ARCHITEXTO (programmation des rapports entre architecture et écriture au sein de la jeune génération de créateurs), l’éclairage des rapports entre arts plastiques et architecture (Marthe Wéry / Architecture) et de ceux entre photographie et architecture (commande photographiques singulière, notamment avec Alain Janssens et Marie-Françoise Plissart). La seconde démarche tend à renforcer cette dimension culturelle en créant

un « dos historique » investiguant les comportements et les expressions des architectes du XXe siècle.

La conceptualisation des ouvrages fait partie intégrante du fonctionnement de l’atelier, alliant des critères objectifs (techniques, financiers, narratifs) à une recherche de la matière sensible, proche du sujet, maintenant sans cesse la corélation entre la forme et le fond. La vie d’un ouvrage, son parcours dans « la chaîne du livre », sont le reflets d’une réflexion sur l’acte d’éditer aujourd’hui. La relation de confiance avec les imprimeurs, la volonté de développer un réseau de librairies européennes partenaires du projet afin de nous assurer de la lisibilité du projet jusque dans les rayonnages, mais également les contacts avec les diffuseurs internationaux sans qui la vente hors-Europe serait impossible, l’appel à souscription à la parution d’un livre à petit tirage, la recherche de partenaires éditoriaux, la consitution d’un site web-trace de vie de la maison d’édition (environs 200 visites/mois), permettant également la vente en ligne à destination des pays non distribués, la participation à des événement littéraires intimistes, qui laissent la place à de vrais échanges avec le lecteur, sont les ingrédients de l’édition en laquelle nous croyons.

Le catalogue et le porte-voix #3

Dans cette troisième édition du catalogue, nous revenions sur l’évènement « Café littéraire » organisé par les Editions Fourre-Tout durant la Biennale d’Architecture de Venise.

Télécharger la version pdf du catalogue.

Architecture et Politique, une volonté de Faire

« Je veux que le public soit à l’intérieur d’un cerveau en action. Il n’y aura aucune narration, aucune discussion, aucune illustration. Il y aura de l’affirmation. Il y aura des idées. Il y aura de la confrontation. Quand je dis qu’il n’y pas de discussion, je veux dire qu’il n’y a pas à débattre, à discuter la philosophie, l’art. Il faut s’y confronter. Il faut s’y forger une résistance ».

Thomas Hirschhorn, à propos du projet non réalisé, Foucault Art Work

Ce projet, volontairement sur et dans l’espace public, et non au sein des Giardini, ou sous les dorures d’un Palais Vénitien, fut le prolongement de réflexions amorcées avec le journaliste français Emmanuel Caille sur les relations étroites entre politique et architecture à la suite de l’arrêt définitif du chantier de Centre Pompidou à Maubeuge (nord de la France), au soir du premier tour des élections municipale de 2014.

Ce temps Vénitien, ne fut pas une exposition au sens strict du terme, il n’eut pas pour ambition de présenter ce projet ou de revenir sur celui-ci mais plutôt de s’appuyer sur cette situation qui n’est pas un cas unique pour inviter architectes et intellectuels Européens mélangés aux riverains et aux visiteurs à se rencontrer sur cette idée d’une architecture de l’engagement. 3 tables rondes se sont déroulées autour de 3 grands secteurs géographiques : l’Europe du Nord, du Sud, Centrale et Orientale.

L’événement s’est déroulé le 26-27 et 28 Mai 2016 1238 Avenue Garibaldi, à l’entrée des Giardini, en terrasse du café voisin, sur l’espace public, ouvert à tous, sur le modèle du café littéraire.

 

* Un café littéraire est un lieu de réunion où l’on parle de littérature, échange des idées, écoute des extraits de livres lus par des comédiens, assiste à des spectacles érudits tout en dégustant un café, ou autre boisson. Le café Procope fut probablement le premier endroit de ce genre. Créé en 1686 à Paris par Francesco Procopio dei Coltelli dit « Procope », ce lieu, d’un genre nouveau, obtint ses lettres de noblesses de la fréquentation de Voltaire, Rousseau et Diderot, pour ne citer que ceux-là. Pour d’autres, le premier café littéraire serait le café de la Place du Palais-Royal, fondé en 1681, et qui deviendra après 1715 le café de la Régence.

Architexto: De l’art, de l’air, de l’architecture !

Quelques tomes de la collection, qui au total en comportera 10.

La Belgique du troisième millénaire est un pays fier de ses maisons toutes faites, sans surprises, où le frigo est plein à la livraison. La presse faisait récemment ses gros titres de ce concept unique en Europe : le « home sweet home » breveté, monté en un jour sur le terrain de l’heureux propriétaire ! Pas de place pour l’architecture dans ces logements en série, assemblés en usine, mais qu’importe puisque le confort est garanti. Des milliers de ces habitations normalisées sont vendues chaque année, autant en Flandre qu’en Wallonie. Le marché fait boum et « la rue a des yeux qui regardent aux fenêtres » comme dans la chanson de Charles Trenet.

Du coup, l’architecte se trouve dépouillé de sa symbolique. Les médias l’ignorent au profit du promoteur. L’immobilier est un placement, l’architecture un épouvantail. Le langage des plans, des maquettes, des coupes, des perspectives rebute. Le lecteur n’en saisit ni le sens ni l’inspiration. Au contraire de la peinture ou de la sculpture, l’architecture a égaré sa lisibilité en négligeant ses fondements artistiques. Pour regagner sa place dans les journaux, elle doit reconquérir son identité poétique. « Le dessin, la peinture, la sculpture, l’architecture, pour moi n’est qu’un seul phénomène. C’est symphonique », rappelait Le Corbusier.

En 2006, c’est avec cette pensée intérieure et pour échapper au ciel si bas de la création, que l’éditeur Fourre-Tout, lié à l’atelier d’architecture liégeois de Pierre Hebbelinck et de Pierre de Wit, a initié le concept d’Architexto : une réflexion sans tabou sur la dimension culturelle de l’architecture. L’idée force était de jeter des ponts entre l’art de bâtir et la littérature, la bande dessinée, le cinéma, la philosophie… parce que l’architecture doit s’ouvrir à la vie, au monde. C’est l’art premier, celui qui habite les hommes au quotidien. « Un architecte dort couché mais ses rêves sont debout », écrit le poète Karel Logist. S’il propage le stéréotype, la démocratie vacille. S’il accepte la facilité, le repli sur soi, la médiocrité, le progrès tangue.

La bonne architecture n’est pas accessoire dans l’équilibre et le développement de la société. Elle ouvre une porte d’accès universelle à la beauté, à la fraternité. Elle a cette capacité symbolique de réconcilier les extrêmes. Son dessin n’a pas besoin de mots pour enrichir l’esprit. La poésie muette du plan et de l’espace suffit à mettre des volumes plein la tête, à éveiller d’une ligne ou d’un trait le rêve intérieur. Un mur, un toit peut respirer la sensualité quand il échappe aux standards. L’architecture trouve des articulations étranges avec l’imaginaire quand elle évite les pièges du tape-à-l’œil.

Ne jamais trahir son métier

« Celui qui parait être le plus éloigné de son époque, de son temps, est celui qui les reflète », pensait Oscar Wilde. Les livres-ponts du projet Architexto concourent à nous sortir de la prison grise du déjà-vu en semant tout autour de nous des espaces de liberté. Textes, croquis, images, esquisses s’y révèlent propices à l’enchevêtrement des regards et des destinées. Au fil des pages, tout renvoie à la première mission de l’architecture : insuffler la vie. Elle doit fuir le préfabriqué pour se réinventer sans cesse, se redéfinir comme lieu de bien-être, de sérénité, où la personnalité de chacun trouve sa place, son harmonie.

« Ne jamais trahir son métier », professe Renzo Piano. Dans cette perspective, le crayon de l’architecte n’a d’autre choix que d’inspirer, de fasciner, d’enchanter pour jeter un souffle vital sur les horizons ankylosés du clé sur porte. L’architecture a la mission de rebondir au-delà des préjugés du bon ou du mauvais goût, de la norme, de l’apparence, de toucher aux âmes avec la force de l’écrivain, du plasticien, du visionnaire. Il faut qu’elle soit belle à regarder, en même temps qu’agréable à lire. Pour reprendre l’image du cinéaste belge Bouli Lanners, c’est une femme en robe de lin, debout devant la fenêtre où souffle un vent d’air frais…

La maison des émerveillements

L’architecture traduit aussi le rapport au pouvoir, en ce sens qu’elle influence les rapports humains. En apportant sa propre réponse à la réalité du monde extérieur, elle témoigne du bon usage de la démocratie. Rien n’est dû au hasard dans les constructions humaines, ni dans le plan ni dans l’esthétique. Haussmann a tracé ses grands boulevards à Paris pour empêcher les barricades. Sharon l’a imité dans la planification urbaine de la bande de Gaza. L’espace est un lieu de confrontation politique, sociale et économique où se détermine la place de chacun. Il est source d’inclusion ou d’exclusion. Il étiquette les désirables et les indésirables. L’architecture nous situe dans ces rapports de force. Elle pousse à la domination ou au partage. Elle rassemble ou divise.

Cette question de la citoyenneté de l’architecture est au cœur du projet Architexto. Plutôt que de reproduire le conformisme ambiant ou de tracer des plans frileux dans une culture molle, les architectes d’aujourd’hui ont vocation de répondre à la complexité du monde. Lao Tseu l’a dit : « Une maison est percée de portes et de fenêtres, et c’est leur vide qui la rend habitable ». Deux mille six cents ans plus tard, à une époque où l’architecture créative soulève trop souvent la crainte et le soupçon, il est urgent de secouer l’uniformité générale et de se démarquer de l’architecture de consommation.

« Le fantastique a sa place dans l’art », assurait Gustave Flaubert. A l’image des poètes et des écrivains, il est l’heure pour les architectes de réaffirmer haut et fort leur amour de l’homme et de la vie. L’architecture n’est pas un produit à la chaîne mais ce révélateur audacieux des aspirations culturelles et identitaires de la société, l’espace de nos émotions et de nos émerveillements.

DANIEL COUVREUR

Daniel Couvreur est journaliste au quotidien Le Soir depuis 1987. Critique spécialisé d’architecture et de bande dessinée, il est responsable du Mad, le supplément culturel hebdomadaire du journal. Né à Bruxelles, il a grandi dans les chantiers permanents de la capitale et se passionne depuis l’enfance pour l’art de bâtir au sens créateur et révolutionnaire du mot. Avec Le Caprice des dieux, il a signé aux éditions Altera un livre sur les relations inspirantes entre l’architecture et les arts dans le quartier des institutions européennes.